Raoul le bosco du bord ! Naviguer avec un chien sur un canot voile-aviron

Lorsque nous avons commencé à embarquer Raoul, une question s’est rapidement posée : comment faire naviguer un chien sur un petit bateau sans transformer chaque sortie en opération de sauvetage ?

Raoul bosco du bord !

Sur un grand voilier, l’animal peut généralement trouver un coin tranquille dans le cockpit. Sur un canot voile-aviron, l’espace est plus limité. Il faut partager le bord avec les équipiers, les avirons, les voiles, les écoutes et tout le matériel que l’on jugeait indispensable au départ.

Le chien, lui, ne s’intéresse guère à ces considérations. Il veut simplement savoir où il doit s’installer et à quel moment arrive le pique-nique.

Lui trouver une vraie place

La première chose à faire est de prévoir une place réservée au chien.

Sur le Skerry, Raoul adorait se poster à l’avant d’où il essayait de niaquer les vagues …

Il ne suffit pas de le poser quelque part en espérant qu’il comprendra les subtilités du gréement. Un chien abandonné au milieu du bateau cherchera naturellement l’endroit qui lui paraît le plus confortable, lequel correspond souvent au passage d’une écoute ou à la place exacte où l’équipier doit poser le pied lors du prochain virement.

Sur le Skerry, puis sur Venexiana 5, nous avons donc cherché à installer Raoul dans une zone où il ne gêne ni la barre ni les manœuvres.

Sa place doit être :

  • éloignée des écoutes et des poulies ;
  • accessible sans avoir à l’enjamber constamment ;
  • assez confortable pour qu’il accepte d’y rester.

Un coussin améliore nettement les choses. Le fond d’un canot peut être glissant et un chien qui dérape à chaque virement finit rapidement par perdre confiance.

Le gilet de sauvetage

Même si le chien sait nager, le gilet reste indispensable.

Tomber dans une rivière calme depuis une berge n’est pas la même chose que passer par-dessus bord depuis un bateau en mouvement. Il peut y avoir des vagues, du vent, du courant ou simplement une coque difficile à rejoindre.

Le gilet doit être adapté à la taille et au poids du chien. Il ne doit pas tourner autour du corps ni comprimer sa poitrine. Une poignée solide sur le dos permet de le saisir et de l’aider à remonter à bord.

Cette poignée est d’autant plus utile qu’un chien mouillé possède une étonnante capacité à doubler de poids au moment précis où il faut le soulever.

Embarquer et débarquer

L’embarquement constitue souvent le moment le plus délicat.

Depuis une plage en pente douce, l’opération est relativement simple. On stabilise le bateau, on attrape le chien par la poignée du gilet et hop le chien monte à bord !

Depuis un ponton élevé ou une cale glissante, les choses deviennent plus sportives mais la manoeuvre est la même.

Sur le ponton au lac du Der

L’habituer progressivement

Un chien ne devient pas équipier en une seule sortie.

Chouette on va rentrer ! photo Pierre Mucherie

La première navigation doit être courte, dans de bonnes conditions et sur une eau calme. Il faut lui laisser le temps de découvrir les bruits, les mouvements du bateau et les changements d’allure.

Un canot voile-aviron peut surprendre un animal :

  • la bôme passe au-dessus de lui ;
  • les voiles claquent ;
  • le bateau penche ;
  • les avirons apparaissent de chaque côté ;
  • l’équipage se déplace soudainement en criant des mots étranges.

Raoul a progressivement appris à reconnaître les différentes phases de la navigation. Il sait maintenant que les moments d’agitation finissent généralement par être suivis d’une période plus calme, pendant laquelle il peut reprendre sa surveillance attentive de l’horizon. Il a m^me pu voir un chevreuil nager devant le bateau au lac du Der !

Pendant les manœuvres

Un virement de bord est déjà une petite chorégraphie. Avec un chien au milieu, cela peut vite devenir un ballet expérimental.

Avant chaque manœuvre, il faut vérifier qu’aucune patte ne repose sur une écoute et que le chien n’a pas choisi de s’asseoir à l’endroit où l’équipier doit passer.

L’idéal est d’habituer le chien à rester à sa place sur une consigne simple. Inutile de lui expliquer la différence entre un virement vent devant et un empannage : « Tu restes là » suffit généralement.

Lorsqu’il faut utiliser les avirons, le problème change de nature. Les mouvements sont plus amples et réguliers. Le chien doit rester en dehors du passage des poignées et ne pas tenter d’attraper les pales, même si celles-ci ressemblent à de grands bâtons particulièrement tentants.

Le soleil, la chaleur et l’eau douce

Sur un bateau ouvert, le chien est très exposé au soleil.

Ça tape sur ce fichu bateau !

En mer, il faut prévoir suffisamment d’eau douce et une gamelle stable. L’eau du lac, du fleuve ou de la mer peut constituer sa seule boisson.

Un coin d’ombre est également bienvenu. Sur un petit canot, ce n’est pas toujours facile, mais une toile légère ou un morceau de tissu fixé provisoirement peut protéger l’animal pendant la navigation.

Il faut aussi se méfier des surfaces chauffées par le soleil. Un pontage ou un banc peut devenir très chaud pour les coussinets.

Enfin, les pauses à terre ne sont pas un luxe. Elles permettent au chien de boire, de se dégourdir les pattes et de satisfaire quelques nécessités que la bienséance m’interdit de détailler davantage.

Et s’il tombe à l’eau ?

La récupération doit être envisagée avant qu’elle ne devienne nécessaire. Pour l’instant cela n’est encore jamais arrivé

Il faudrait d’abord ralentir ou arrêter le bateau sans perdre le chien de vue. Sous voile, cela signifie choquer les écoutes, se mettre face au vent ou affaler si les conditions l’exigent.

On reviendrait ensuite près de l’animal du côté le plus accessible, généralement sous le vent, en évitant que les voiles ou les avirons ne le blessent.

La poignée du gilet permet de le maintenir contre la coque puis de l’aider à remonter. Sur un bateau léger, il faut faire attention au déséquilibre provoqué par le poids du chien et par celui de la personne qui se penche pour le saisir.

Un essai dans une eau calme, près du bord et avec une aide extérieure, permettrait de vérifier que la récupération est réellement possible. Une méthode parfaitement claire dans la tête peut se révéler beaucoup moins convaincante lorsqu’elle doit être appliquée à un chien mouillé qui agite quatre pattes dans des directions différentes.

Le matériel de Raoul

Pour une sortie avec Raoul, nous emportons au minimum :

  • son gilet de sauvetage ;
  • une laisse courte pour les embarquements et les escales et l’empêcher de passer par dessus bord quand il veut absolument mordre les vagues à l’avant;
  • de l’eau douce ;
  • une gamelle ;
  • une serviette ;

La serviette n’est pas indispensable à la navigation. Elle le devient en revanche lorsqu’un chien trempé décide de venir se secouer contre le barreur.

Un équipier à part entière

Naviguer avec un chien demande un peu d’organisation, mais ne présente pas de difficulté insurmontable. Il faut lui prévoir une place, assurer sa sécurité et adapter la durée de la sortie aux conditions.

En échange, le chien devient rapidement un véritable membre de l’équipage.

Il surveille les oiseaux, inspecte les rives, accueille les visiteurs et participe activement aux pique-niques. Il ne critique jamais les réglages de voile et ne demande pas pourquoi le bateau avance moins vite que celui des copains. Par contre il déteste les cornes de brume et autres signaux sonores !

Raoul surveille les autres bateaux

Raoul possède même une qualité rare chez les équipiers : lorsque le capitaine prend une mauvaise décision, il ne dit rien.

Il se contente de le regarder.

Et certains regards sont bien plus éloquents qu’un long rapport !

Et sinon, vous, avec votre chien, ça se passe comment ?

Rassemblement « les Voiles de la lagune » à la Nautique.

Cette fois, cap au sud pour un nouveau rassemblement qui s’annonçait prometteur… et il a tenu toutes ses promesses !

Notre camp de base ? Le magnifique site de La Nautique, sur les rives de l’étang de Bages, près de Narbonne. Un lieu exceptionnel qui réunit sur un même espace un port, un club de voile, une importante école de voile, un restaurant et même un secteur dédié aux vieux gréements et aux voiles-avirons. Le tout animé par une association particulièrement dynamique.

Installés sous les pins !

Dès notre arrivée, l’équipe de La Nautique nous a réservé un accueil royal. Sous les grands pins, il ne manquait pas de place pour installer les vans, et ceux qui préféraient un peu plus de confort pouvaient même profiter des chambres du club.

Vendredi après-midi, la Tramontane soufflait généreusement. Le plan d’eau se couvrait de moutons blancs pour le plus grand bonheur des kitesurfeurs et autres véliplanchistes .

Samedi matin, après un copieux petit-déjeuner offert par les amis du club, le vent s’était assagi. Des conditions idéales pour une navigation en flottille jusqu’au superbe village de Bages. Là nous attendaient un apéritif convivial puis un repas servi sous les chapiteaux. L’après-midi, un agréable thermique est venu prendre le relais et nous a offert une magnifique session de navigation sur l’étang. Du soleil, du vent, une eau superbe… et surtout aucun jet-ski à l’horizon. Le paradis !

Le village de Bages, les voiles latines le samedi matin
L’après midi le vent est au rendez-vous !

Le soir, place à la convivialité avec un apéritif suivi d’une généreuse paella dégustée sous les pins de l’école de voile.

Dimanche, la météo a imposé quelques ajustements : la navigation prévue le matin a été reportée à l’après-midi en avançant l’heure du barbecue. Une sage décision qui a permis de profiter pleinement des meilleures conditions.

Le « Deux Frères » le bateau du patrimoine géré par l’association du même nom.

L’association les amis du Deux-Frères

Mais La Nautique ne se résume pas à la voile. Le site est également un véritable trésor historique. C’est ici que se trouvait l’un des principaux ports de la Narbonne gallo-romaine. Les fouilles archéologiques ont mis au jour les vestiges du port antique, mais aussi ceux d’une immense villa maritime et d’un impressionnant vivier destiné à l’élevage des poissons.

Pour prolonger cette plongée dans le passé, nous avons pris la direction du musée de Narbonne. Et quelle surprise ! Une visite guidée exceptionnelle nous a permis de découvrir les réserves habituellement fermées au public ainsi que les ateliers de restauration des enduits peints en provenance de la villa maritime.

Au final, ce rassemblement aura réuni tous les ingrédients d’un excellent cru : le plaisir de retrouver les amis, de faire de nouvelles rencontres, de partager de belles navigations dans un cadre préservé et de s’enrichir de découvertes historiques et archéologiques passionnantes. Une parenthèse dont nous sommes repartis avec de très beaux souvenirs… et déjà l’envie de revenir.

D’autres photos du rassemblement

Itinéraire salé d’un marin d’eau douce ou comment j’en suis venu au voile aviron. (21)

À la poursuite d’Octobre Rouge, le troisième Maraudeur.

La Marie Charlotte, le Cruz avait remplacé le Maraudeur Raspoutine. Cependant je gardais toujours un lien avec l’AS… C’est ainsi que nous avions accompagné le rassemblement de 1999 sur l’Erdre avec le Cruz, histoire de retrouver les copains.

Et voilà que je tombe sur une annonce de vente pour un Maraudeur en bois. Le bateau appartient à un régatier, il semble bien équipé. Les photos numériques n’existent pas encore, pour me faire une idée précise, j’envoie un appareil jetable au vendeur avec pour instruction de le mitrailler sous toutes les coutures.

Le bateau est sur sa remorque dans un club et son historique de régate est connu. Pas question de reproduire l’erreur du Maraudeur bourguignon ! Les photos sont intéressantes.

Le bateau dans son état initial dans son club dans les Yvelines

Affaire conclue ! Je rapatrie le bateau sur les bords du Rhône.

Bien équipé, mat Proctor à retreint, voiles de régate usagées mais pouvant encore faire l’affaire en attendant mieux. Par contre la remorque est « cuite », je la débite à la disqueuse ne gardant que l’essieu à peu près potable et qui fera le bonheur d’un amateur du Bon Coin.

D’extérieur l’état est relativement correct mais j’ai dans l’idée de réaliser un compromis entre esthétique classique et équipement hi tech !

Ponçage, enduit, peinture…
Derrière Octobre Rouge, le Cruz la Marie Charlotte

J’ai toujours aimé les bateaux à coque noire, peut être une réminiscence de Wouafi le Cap Corse de Moreau, mon premier embarquement !

Je mets au travail en commençant par une reprise complète du pontage. Puis ponçage de la coque et nouvelle peinture noire pour les œuvres mortes et carène blanche. Le projet prend tournure et commence à ressembler à ce que je veux obtenir.

Le pont aura une finition « pont en teck » avec de fausses lattes peintes en trompe l’oeil.

Et pour le nom, je choisis de rester dans la lancée de Raspoutine mais cette fois ce sera « Octobre rouge« … Message lancé aux futurs concurrents en régate : « les gars vous êtes à la poursuite d’Octobre rouge » ! Le nom est sérigraphié en alphabet latin côté tribord et en cyrillique sur bâbord.

La première mise à l’eau à lieu au Grand Large. Tout va bien, sauf que l’on constate une légère entrée d’eau à l’intérieur au niveau de la base du puits de dérive. Sur l’instant je n’y prête pas trop d’attention…

Première mise à l’eau au Grand Large avec mes gars
Il flotte !
Belle gueule quand même ! les balcons proviennent du Maraudeur fantôme.

L’objectif est de participer au National 2000 que j’organise sur le plan d’eau de Saint Victor sur la Loire.

C’est juste avant le national que je détecte le problème que je n’avais pas remarqué auparavant. Sous le bateau, une pièce de bois massif relie la carène au lest en fonte (le saumon). Je presse un doigt sur le bois et mon pouce pénètre dans celui-ci comme dans du beurre : il faut se rendre à l’évidence : le bois est pourri ! Pour l’instant l’ensemble tient le coup mais, voilà la cause de l’entrée d’eau dans la cabine !

Catastrophe ! Vu de l’extérieur le bateau est splendide mais un cancer invisible le ronge de l’intérieur…

Le national approche, en désespoir de cause je colmate les trous dans le bois pourri avec … du ciment prompt ! Après tout, c’est un lest !

Le National arrive, nous logeons au château au dessus du lac. Les régates sont organisées avec le concours du club nautique de Saint Etienne, comme d’habitude en respectant toutes les règles de la FFV.

Est-ce le stress, l’émotion, toujours est-il que, crac un lumbago vient me fusiller et je dois me résoudre à laisser la conduite du bateau à mes fils Barth et Jim qui sont devenus entre temps de bons régatiers en Equipe. Mais l’épreuve est ventée, et force est de constater que la voie d’eau s’aggrave. Il faut se résoudre à sortir le bateau et abandonner la course.

Octobre Rouge fera même la couverture du N°128 de la revue de l’AS !

.Après le National, une fois revenu à la maison, le constat est sans appel : il est impératif de reprendre de manière sérieuse le saumon pour sauver le bateau En fait ce problème est connu sur les « bois », Louis Blancanneau fera d’ailleurs un article sur la question dans le bulletin de l’AS. Seulement voilà, la réparation n’est pas aisée à mener à bien et dépasse mes compétences. Je prends contact avec le charpentier de marine qui a refait le bateau de Loulou (Blancanneau) en Bretagne.

Mais l’année 2000, au delà du millésime, sera pour nous une date importante. En effet, en septembre nous levons l’ancre de nouveau pour une nouvelle destination qui va nous conduire pour quatre ans au fin fond des steppes anatoliennes à Ankara en Turquie.

Ne pouvant conduire à bien la restauration, je fais don du bateau à un voisin qui a des velléités de navigation. Hélas, le Maraudeur aura une triste fin. Le voisin en question ne restaurera jamais le bateau et celui finira en jeu pour enfant dans son jardin avant de disparaître complètement…

A suivre : la scène se passe à l’aéroport de Lyon Saint Exupéry à un guichet de la douane :

  • et il est où votre bateau ?
  • Ben là ! et je désigne trois sacs empilés sur un chariot.

et le gabelou dubitatif tamponne en soupirant le bordereau de détaxe…

Itinéraire salé d’un marin d’eau douce ou comment j’en suis venu au voile aviron. (17)

Les croisières en Maraudeur !

Il est bien spécifié que le Maraudeur est un petit voilier bien adapté au camping côtier pour… deux personnes.

N’ayant pas bien lu le mode d’emploi, nous avons évidemment pratiqué ce genre d’exercice à six…

Pas question de dormir à deux adultes et quatre enfants dans un si petit espace mais nous avons pu néanmoins utiliser ce merveilleux bateau pour quelques croisières côtières.

Tout d’abord en Bretagne. Nous nous étions retrouvés à quelques Maraudeurs dans un camping au bout de la presqu’île de Quiberon. Nos bateaux étaient au mouillage à quelques encablures de la plage.

Trois Maraudeurs en maraude dont le fameux 91 de Babar !

Des bords tirés dans la baie puis une plus grande expédition, dans le golfe du Morbihan où nous nous sommes retrouvés chez un ami qui possédait une maison, tout au bout, du côté de Conleau. Le soir après une ripaille très mousticailleuse, je me souviens avoir dormi à mon bord avec un de mes fils tandis que le reste de la famille trouvait un hébergement plus confortable dans le bateau de Loulou (Louis Blancanneaux).

Moussaillons sur Raspoutine

Babar au premier plan se dirige d’un air décidé vers …
Échouage sur la plage
Et le numéro spécial de l’AS, « la bible » garde une trace de cette mémorable expédition !

Le temps des régates en Maraudeur avait pris fin. Gallo était parti pour de nouvelles aventures en deltaplane et nous, après quelques trois ans passés en France, nous prenions la direction d’un autre pays pour le boulot.

Cap au nord, direction Göteborg en Suède. Cette fois le Maraudeur était du voyage ! On avait attelé Raspoutine derrière le « Caramazout » (notre véhicule familial transporteur de troupe, un valeureux Toyota Lite Ace) et en route vers le grand nooord !

Quelque part sur une aire d’autoroute au Danemark
Dans le ferry de la Stena Line entre Frederikshavn au Danemark et Göteborg en Suède

En Scandinavie, l’hiver est long… les jours sont courts, Autrement dit, le bateau est resté quelques mois devant la maison en attendant le printemps.

La Suède est un pays de marin, leurs bateaux sont magnifiques et superbement entretenus. En hiver ils sont tous sortis des ports et abrités à terre dans de petites constructions plus ou moins élaborées mais toujours réalisées avec soin.

Nous avions trouvé un petit port pour amarrer le Maraudeur. Ce fut alors l’occasion de belles balades dans un chouette espace de navigation mais pavé de cailloux partout ! En fait on gardait la carte marine en permanence sur les genoux. Ce qui ne m’a pas empêché, voulant prendre un raccourci et confiant dans mon faible tirant d’eau, de talonner un jour assez rudement. Et les enfants de sortir en criant de la cabine : « on coule ! on coule ! » Heureusement sans dommage !

Des iles et des cailloux partout !

Le séjour en Suède fut le plus court de notre parcours à l’étranger, (pour les détails voir le chapitre « au pays des trolls dans Trece Timpul...).

Un an après notre arrivée nous reprenions la route du retour vers la mère patrie.

A suivre : le Maraudeur fantôme…

Itinéraire salé d’un marin d’eau douce ou comment j’en suis venu au voile aviron. (4)

Le bateau de Moreau, premier embarquement sur un voilier.

Chaque été, aussi loin que je m’en souvienne, la famille partait pour des vacances en camping.

Ma mère aimait la mer, mon père la montagne. Dans ces conditions c’était réglé comme du papier à musique : trois semaines à la Grande Motte et trois semaines à Pont du Fossé dans les Hautes-Alpes où le paternel traquait la truite dans le Drac. Deux destinations choisies car elles n’étaient pas trop éloignées de notre nouveau domicile vauclusien.

J’ai le souvenir d’une de ces années, nous étions en août 1971 et le séjour à Pont du Fossé m’éloignait de mes chers pontons. Pour ronger mon frein, j’avais entrepris de suivre la course de l’Aurore (ancêtre de ce qui allait devenir « La course du Figaro »). Chaque matin, je filais au village pour acheter le journal l’Aurore dans lequel je découpais soigneusement l’article du jour relatant l’étape. Ma mère me recommandait de ne pas me montrer dans le camping avec un tel quotidien réactionnaire « pas bien vu » selon elle dans notre environnement de campeurs de gauche…

J’ai toujours le dossier contenant les articles de presse. Souvenir d’un été en montagne… loin de la mer et des bateaux.

Lorsque nous avions débarqué avec nos valises dans le Midi, mes parents avaient trouvé un premier point de chute à Morières les Avignon, une maison neuve dans un lotissement qui venait d’être inauguré « le Grand Pré ». Le déménagement avait suivi et nous nous étions installés. On ne connaissait personne dans ce petit (à l’époque…) village viticole situé à sept kilomètres d’Avignon. En face de chez nous, dans la villa identique à la nôtre, habitaient les Moreau, étrangers au pays comme nous, ils étaient originaires du Jura. Nous avions lié connaissance.

Jo, le père de famille, développait une singulière industrie : il construisait un bateau en bois dans son garage, activité qui intéressait mon père, lequel avait une particularité : il savait tout faire étant lui-même « un fameux bricoleur »… Le problème, c’est qu’à l’époque toute son énergie créatrice était mobilisée par l’élaboration puis la réalisation de la nouvelle maison qu’il se proposait de bâtir à l’autre bout du village. Pas question pour lors de s’investir dans la construction navale… mais la graine était plantée…

Jo possédait en outre tous les numéros de la revue Bateaux à partir du numéro 1 et surtout une grande partie de la collection Mer de l’éditeur Arthaud dans laquelle je puisais bon nombre de lectures !

La fameuse collection mer. Je pense en avoir lu la presque totalité !

Par ailleurs, je ne lâchais pas l’affaire et je tannais en vain mes parents pour posséder mon propre bateau…

Ce sont les Moreau qui nous avaient fait connaître la Grande Motte. En ces années-là, les côtes du Languedoc se bétonnaient pour accueillir les foules de vacanciers des Trente Glorieuses. La station se développait autour d’un port de plaisance creusé dans un littoral sablonneux et marécageux infesté de moustiques que l’on éradiquait à grands renforts d’aspersions par avion de DDT.

Au début de notre fréquentation la station se limitait à un grand bassin bordé par deux bâtiments en forme de pyramides qui allaient donner leur marque de fabrique à cette ville originale. Tout autour, l’agitation de grues et de chantiers contribuait à assurer la fortune des promoteurs en faisant sortir de terre à un rythme effréné de nouveaux immeubles de villégiature.

En périphérie, une plantation de peupliers abritait du soleil des campings destinés au populo et pour nous ça tombait bien, on campait ! Chaque année quand nous revenions poser la caravane au camping GCU, de nouvelles pyramides avaient poussé comme des champignons.

La plage, je n’aimais pas trop, j’ai sable en horreur. J’étais devenu trop grand pour mon petit rafiot gonflable qui au fil du temps s’était mis à fuir comme un sous-marin russe malgré les rustines en nombre qui ornaient ses flancs telles les sabords fermées d’un vaisseau trois ponts de la Royale . Je préférais passer des heures à arpenter les pontons du port de plaisance. Au fil des années, j’en connaissais tous les bateaux.

J’arpentais les pontons du port… Notez bien le voilier au premier plan, nous aurons l’occasion d’y revenir plus tard… bien plus tard…
Non franchement la plage, ce n’était pas mon truc !

Arriva enfin un évènement tant attendu. Ce devait être en 1970 ou 1971, Moreau, mon père disait « Moreau », avait achevé la construction de son bateau. Un magnifique Cap Corse, coque noire, superstructure en acajou qu’il avait baptisé Wouafi du nom d’un petit singe qu’il avait possédé en Afrique du temps où il travaillait dans le commerce des bois exotiques. L’élégant navire avait été mis à l’eau à la Grande Motte où, à l’époque, il n’était pas difficile de trouver un anneau dans le port.

Pour la première fois, j’embarquais sur un voilier. J’avais beau avoir potassé depuis des années toutes mes revues nautiques et de nombreux livres qui traitaient de la navigation à voile, le moment était solennel ! Je me souviens encore du premier commandement de Moreau : » tu regardes et tu observes » !

Le Cap Corse Wouafi, le premier voilier sur lequel j’ai embarqué. La photo est prise de la jetée du port de la Grande Motte. Les voiles sont établies, le moteur relevé mais pas les pare-battages ! Le temps est calme, le thermique ne s’est pas encore levé. Mon père qui ne sait pas nager à embarqué, confiant dans la construction de notre voisin !

Par la suite, je devais multiplier les navigations d’un jour en baie d’Aigues-Mortes avec Moreau . Ce dernier, pris par la frénésie du « mètre de plus », n’allait pas tarder à vendre son magnifique Wouafi pour successivement acquérir (le temps de la construction était passé) : une Corvette, un Alpa 7,40 et surtout un Alpa 9,50 magnifique unité italienne, dotée d’une barre à roue et sur laquelle je devais effectuer ma première vraie croisière côtière à l’occasion d’un convoyage du bateau entre La Grande Motte et Saint Raphaël.

Cette fois la photo est datée. Nous sommes en juillet 1972 et nous sommes avec Moreau sur son deuxième bateau la Corvette « Wouafi 2 ». Notez à l’arrière plan que le port n’est pas bondé ! Cerise sur le gâteau, j’avais le droit d’aller dormir quelquefois dans le bateau au port… Qui ne connaît pas l’odeur particulière de l’intérieur d’un vieux barlu en bois, ne connaît rien à la mer !

Sur les bateaux de Jo j’avais pu commencer à mettre en pratique les connaissances théoriques acquises dans les revues et les bouquins que je dévorais à longueur d’année. Ce n’était pas suffisant au yeux de mes parents pour qui un enseignement sérieux et raisonné devait être à la base de tout, surtout en matière de navigation.

Or, outre ses pyramides, ses camping, ses plages et son port de plaisance, La Grande Motte disposait en outre d’une école de voile !