Samedi 5 septembre : Éole pose un jour de congé
Changement complet de programme. Après avoir bien secoué nos fêles esquifs la veille, Éole a décidé de faire la grasse matinée.
La pétole est annoncée.
Lors du briefing sur la cale, il est décidé de mettre le cap vers l’est, une orientation adaptée à la direction du vent, même si celui-ci demeure très léger et incertain.

Une fois les équipages à bord, la flottille quitte Lanvéoc toutes voiles dehors, portée par un vent très léger qui peine encore à gonfler les voiles.

Heureusement, un souffle léger mais régulier se maintient et nous permet enfin de rejoindre la côte du côté de Squiffiec. Nous y découvrons une crique idéale pour accoster et organiser le pique-nique. Une crique « idéale » étant, dans le vocabulaire de la Misaine Bleue, un endroit où il est possible de caser 25 bateaux dans un lieu tranquille. La mer descend, il n’est pas conseillé de rester échoué trop longtemps. Nous mouillons donc.

Le soleil est généreux. Plusieurs participants décident de se baigner volontairement, ce qui les distingue nettement de l’ami Pierre dans son Skerry la veille.
Sous le ciel lumineux, entre l’eau bleue, les baigneurs et les bateaux au mouillage, la rade de Brest prend soudain des airs de Méditerranée. Il ne manque que les cigales, les pins parasols et un serveur proposant des boissons à douze euros.
Après cette parenthèse estivale, la flottille reprend sa route vers la pointe de Pen ar Lan, en longeant les rochers de la Chèvre signalés par une bouée cardinale. Celle-ci accomplit son travail avec un professionnalisme remarquable : elle reste exactement à sa place et ne demande jamais quand est prévu l’apéritif.
Mais le vent, déjà peu courageux, faiblit encore. Les voiles mollissent, les bateaux ralentissent et les équipages se mettent à fixer l’horizon comme si cela pouvait faire revenir Éole.

Rien n’y fait.
Les avirons entrent donc en action.

Commence alors une discipline nautique rarement représentée aux Jeux olympiques : la propulsion collective de bateaux à voile par des marins qui auraient préféré que le vent fasse le travail à leur place.
Nous progressons ainsi vers le Tinduff, où un vire-vire rassemble de nombreux bateaux. Afin de ne pas gêner les régatiers, nous les saluons avec élégance avant de repartir vers Lanvéoc, à la voile chaque fois qu’une risée daigne se présenter et à l’aviron pendant les quatre-vingt-dix-neuf pour cent du temps restant.
En fin d’après-midi, Éole se réveille enfin, consulte sa montre et semble s’écrier :
— Sapristi ! J’avais complètement oublié la Misaine Bleue !
Le vent se rétablit, les voiles se gonflent et les bateaux rejoignent progressivement leurs mouillages. Les rameurs rangent leurs avirons avec le soulagement de galériens venant d’apprendre leur libération.

De retour à terre, les équipages se réunissent une dernière fois dans la salle commune pour le repas collectif. Une belle soirée conclut cette journée douce et lumineuse, menée alternativement à la voile, à l’aviron et à la mauvaise foi — chacun affirmant naturellement avoir ramé beaucoup plus que son voisin.

















