Misaine bleue à Lanvéoc , épisode deux

Vendredi 4 septembre : la rade met le mode « essorage »

Cette fois, les choses sérieuses commencent : première navigation en flottille !

Les bateaux attendent leurs équipages, sagement amarrés aux bouées de la baie de Lanvéoc. Quelques-uns tirent déjà nerveusement sur leur aussière, comme s’ils avaient consulté la météo pendant la nuit.

Dès 9 heures, les navigateurs se retrouvent sur la cale pour le briefing. La baie est paisible, mais les prévisions annoncent du vent soutenu, de solides rafales et un clapot marqué au large en direction du goulet. Autrement dit : une journée riche en embruns, en jurons étouffés et en objets mystérieusement déplacés au fond des bateaux.

Christophe livre les dernières infos avant le départ

Le vieux gréement Saint Guénolé vient bientôt accoster au bas de la cale afin d’embarquer les participants qui ne navigueront pas sur nos petites unités. Dernier coquillier à avoir dragué la coquille Saint-Jacques dans la rade de Brest, il est désormais exploité par l’école de voile du Centre nautique d’Armorique. Il permet de découvrir la voile traditionnelle et le patrimoine maritime local, tout en offrant un pont nettement plus vaste et stable que nos coquilles de noix.

Son patron observe le plan d’eau et lâche laconique :

— Plus au large, ça risque de secouer un peu. Prenez un ris. Voire deux.

Aussitôt, chacun acquiesce avec le calme du vieux loup de mer, avant de songer discrètement de quel côté se prend exactement le deuxième ris.

Les canots de sécurité commencent leurs rotations pour conduire les équipages jusqu’aux bateaux. Les voiles sont hissées, puis immédiatement réduites, ce qui peut sembler absurde aux personnes étrangères à la navigation mais constitue une occupation parfaitement normale chez les marins.

La flottille met le cap vers l’ouest, en contournant largement l’Île Longue. Très largement, même. Personne ne tient à terminer la journée interrogé dans une pièce sans fenêtre par un monsieur qui répète :

— Et vous maintenez que vous cherchiez simplement un coin pour pique-niquer ?

Les prévisions météorologiques, pour une fois, n’avaient pas exagéré. Le clapot frappe les coques, les rafales secouent les bateaux et les embruns se chargent de vérifier l’étanchéité des cirés. Sous un ciel gris mais heureusement sans pluie, la navigation devient rapidement joyeuse et tonique.

La Pie qui rie : le grand Silmaril que Jérôme a magnifiquement construit cette année taille sa route !

Après plusieurs bords, la flottille rejoint la plage de Roscanvel. Avec quelques bateaux nous choisissons de contourner les îles de Trébéron et des Morts, anciens lazarets de la rade. De nombreux bâtiments y subsistent encore, mais leur accès demeure interdit. Le nom « île des Morts » n’incite d’ailleurs pas particulièrement à réclamer une dérogation.

L’ile des morts …
L’ile de Trébéron et les vestiges du lazaret

Toute la flottille finit par se retrouver dans l’anse de Roscanvel pour le pique-nique. Le soleil réapparaît au moment opportun, permettant aux équipages de faire sécher leurs vêtements et leurs bateaux.

Terre ! Pique nique à Roscanvel !

À l’appel, tout le monde répond présent. Seul le Skerry de Pierre a connu quelques déboires après avoir croisé une vague dotée d’intentions manifestement hostiles. En quelques secondes, le gracieux voilier s’est transformé en baignoire flottante, mais sans robinet ni canard jaune.

Grâce à la veille VHF et à l’intervention rapide des canots de sécurité, l’eau est évacuée et le valeureux petit bateau a pu reprendre sa route. Pierre aussi, quoique légèrement plus frais qu’au départ.

Manque la trace aller, j’avais oublié de lancer le GPS !

Dans l’après-midi, la flottille remet les voiles en direction de la pointe des Espagnols. Le vent reste soutenu, puis perd progressivement de sa vigueur pendant la traversée vers l’Île Ronde et la pointe d’Armorique. Nous pouvons larguer les ris, vider les ballasts et envoyer le spi. La mer s’apaise enfin, probablement fatiguée d’avoir secoué des marins toute la matinée.

Les bateaux regagnent Lanvéoc et retrouvent leurs bouées. Les équipages sont ramenés à terre et prennent immédiatement la direction du camping pour une douche bien méritée.

Vers 18 h 30, tout le monde se réunit dans la grande salle autour de l’incontournable apéritif. La journée s’achève par un délicieux repas de crêpes, au cours duquel les récits commencent déjà à évoluer : le clapot devient une houle monstrueuse, les rafales frôlent l’ouragan et la vague entrée dans le Skerry mesure désormais près de huit mètres.

La Misaine Bleue à Lanvéoc : épisode 1.

C’est la Misaine bleue, la misaine la plus belle, celle qui ensorcelle … du côté de Lanveoc.

En ce mois de septembre 2026, la Misaine Bleue a donc décidé de jeter l’ancre en rade de Brest, à Lanvéoc. Enfin, « jeter l’ancre » est une façon de parler : une ancre jetée sans précaution finit généralement au fond de l’eau, ce qui complique singulièrement sa récupération.

Le site semble avoir été conçu spécialement pour notre rassemblement : une grande cale de mise à l’eau, accessible à presque toutes les heures de la marée. « Presque » étant un mot marin signifiant : cela devrait passer, mais gardez tout de même vos bottes à proximité et puis surtout la cale est ancienne et passé une certaine limite de marée basse, elle menace de partir en brioche.

Grâce à de précieux relais locaux, des mouillages écologiques nous sont réservés pendant toute la manifestation. Ces dispositifs ingénieux empêchent les chaînes de labourer les fonds marins comme des agriculteurs pris d’une soudaine vocation sous-marine. La flore locale peut donc continuer à pousser tranquillement, sans risquer de se faire peigner les algues à coups de chaîne.

Vue depuis le camping : la baie, les mouillages(écologiques) …

Juste au-dessus du rivage, le camping Cap Ouest accueille les équipages souhaitant dormir près de leurs bateaux, sous une toile de tente ou dans un véhicule aménagé avec plus ou moins de génie. Ceux qui préfèrent disposer d’un vrai lit, d’une douche personnelle et d’une porte qui ferme sans fermeture Éclair ont pu se réfugier dans les gîtes et bungalows des environs.

Enfin, luxe suprême, une vaste salle aménagée sur une ancien site de la Marine nationale est mis à notre disposition. Aucun missile ne semble y être entreposé. Nous pourrons donc nous y livrer sans danger aux activités traditionnelles de la Misaine Bleue : manger, boire, commenter nos exploits et augmenter discrètement la hauteur des vagues et la force du vent à chaque nouvelle version du récit.

Jeudi 3 septembre : invasion pacifique de Lanvéoc

Quelques équipages, particulièrement avisés ou incapables de lire correctement un calendrier (c’est mon cas) , sont arrivés dès la veille. Mais c’est aujourd’hui que le gros de la flottille converge vers Lanvéoc.

Sur la cale, les remorques défilent. Les bateaux gagnent l’élément liquide, les voitures en ressortent — ce qui est préférable — tandis que les premiers équipages commencent déjà à explorer leur nouveau terrain de jeu. Chacun retrouve avec émotion les gestes ancestraux du marin : gréer, charger, oublier quelque chose dans la voiture, retourner le chercher, puis découvrir que la voiture se trouve désormais tout en haut du parking.

La rade de Brest nous offre un terrain de navigation aussi vaste qu’abrité. Une seule consigne mérite toutefois d’être observée avec un certain sérieux : conserver une distance raisonnable avec l’Île Longue, située à bâbord, où stationnent les sous-marins nucléaires français.

L’île Longue… on n’approche pas !

Il est en effet déconseillé d’aller frapper à leur coque pour demander :

— Excusez-nous, vous auriez une pompe à vélo ?

Après un été caniculaire, nous accueillons avec bonheur le fameux « temps breton » : douceur, nuages, éclaircies et petits grains distribués à intervalles irréguliers afin que personne ne sache comment s’habiller. Des conditions idéales pour naviguer, ou pour retirer et remettre sa veste étanche environ quatorze fois dans la journée.

En début de soirée, tout le monde rejoint la grande salle pour assister à une conférence consacrée au Parc naturel régional d’Armorique. Une excellente manière d’en apprendre davantage sur le territoire avant de passer à l’étude approfondie de ses spécialités alimentaires.

Car vient ensuite le premier et très attendu « apéritif des régions ». Chaque équipage a apporté une spécialité solide ou liquide venue de son coin de France. En moins d’une heure, nous effectuons ainsi un tour complet du pays sans billet de train, sans péage autoroutier et avec un taux d’alcoolémie géographiquement très diversifié.

La journée s’achève autour d’un repas préparé par un traiteur local. Les navigateurs regagnent ensuite leurs hébergements, déjà capables de prédire la météo du lendemain avec une assurance inversement proportionnelle à leurs compétences.

A suivre …

Rassemblement sur le lac de Sainte Croix

Un rendez vous qui commence à prendre forme ! Weekend du 19 – 20 septembre 2026 !

La lac avec les deux lieux : Sainte Croix du Verdon et Bauduen

Info de de Denis : « Pour ce qui est de l’hébergement, nous avons le choix entre deux campings, le Tikayan et Les Roches.

– Tikayan est plus près de Bauduen, mais amourage difficile, voire impossible, et accès plage compliqué

– Les Roches semble parfaitement adapté, mais plus loin du club pour l’auberge du samedi soir – il faudra donc covoiturer, sauf navigation de retour à la nuit tombante …

Toutes les dernières infos : sur le groupe FaceBook Vela rem social club ou sur le groupe WhatsApp du même nom !

Cap sur sur Lanvéoc pour la Misaine Bleue 2026 !

La navigation en voile-aviron peut se pratiquer de bien des façons. Certains apprécient le calme et la liberté des sorties en solitaire. Mais le plaisir prend souvent une tout autre dimension lorsque plusieurs bateaux se retrouvent sur l’eau. Deux possibilités permettent alors de naviguer en flottille : participer à un rassemblement organisé par une association ou rejoindre un rendez-vous plus informel entre copains.

C’est dire que l’initiative de Denis de créer un groupe FaceBook le Vela rem social club est une excellente initiative !

Mais en début de la semaine prochaine nous mettons le cap sur la Bretagne et Lanvéoc pour la Misaine Bleue organisé par l’AS SEIL.

La Misaine Bleue met le cap sur la rade de Brest

Après le Golfe du Morbihan en 2025, la Misaine Bleue retrouve cette année le Finistère. Le rassemblement se déroulera au départ de la cale de Lanvéoc, avec des navigations en flottille dans la rade de Brest.

Face à Lanvéoc s’étend un formidable terrain de jeu pour nos petits bateaux : une immense rade presque entièrement fermée, des côtes découpées, des pointes, des anses et des paysages profondément maritimes. Mais il faudra aussi tenir compte des marées, des courants et, naturellement, de l’humeur du vent breton.

Le programme précis des navigations dépendra donc des conditions rencontrées. Avec un voile-aviron, on apprend vite à ne pas faire de projets trop définitifs : si le vent est favorable, on hisse la toile ; s’il disparaît, on sort les avirons ; et s’il souffle dans le mauvais sens, on explique que le détour était prévu depuis le début.

la cale et derrière le camping Cap ouest où nous logerons.

La grande cale de Lanvéoc permettra la mise à l’eau de la flottille. Située au pied de la pointe, elle ouvre directement sur la rade de Brest et bénéficie d’un vaste panorama qui promet déjà de belles photographies.

L’AS.SEIL : naviguer ensemble depuis 1998

Derrière la Misaine Bleue se trouve l’AS.SEIL Voile-Aviron, une association créée autour d’une idée simple : permettre aux propriétaires et aux amateurs de petits bateaux de se rencontrer et de naviguer ensemble.

Sa devise pourrait tenir dans la phrase affichée sur son site :

« Depuis 1998, nous naviguons ensemble ! »

Tout est là.

L’AS.SEIL ne s’intéresse plus seulement aux bateaux de type Seil. Elle rassemble aujourd’hui une flottille particulièrement variée : Ilur, Skerry, Aber, Laïta, Morbic, Gazelle des îles, Whilly Boat, kayaks et canoës à voile, constructions professionnelles ou réalisations d’amateurs…

Les formes et les gréements diffèrent, mais tous partagent la même philosophie : des bateaux transportables, capables de naviguer à la voile comme à l’aviron, suffisamment petits pour explorer les criques et suffisamment marins pour offrir de véritables aventures.

L’association organise des rassemblements, des navigations estivales et des stages consacrés à la pratique du voile-aviron. Elle permet également de partager des conseils, des expériences de navigation, des idées d’aménagement.

Son site présente les prochains rendez-vous, mais aussi les récits et les photographies des rassemblements passés. Je vous recommande donc vivement de le visiter : www.asseil.fr.

Bien plus qu’un rassemblement de bateaux

La Misaine Bleue n’est ni une course ni une démonstration réservée à quelques spécialistes. C’est avant tout une rencontre entre copains qui aiment naviguer autrement.

Les rassemblements de l’AS.SEIL sont aussi l’occasion de découvrir les bateaux des autres. On observe un gréement particulièrement ingénieux, une méthode de rangement, un taud de bivouac ou un système de mise à l’eau. On pose une question, puis une autre, et l’on repart souvent avec dix nouvelles idées de bricolage qui viendront compliquer le bateau pendant l’hiver suivant !

Mais l’essentiel est ailleurs : dans le plaisir de voir avancer une flottille bigarrée, dans l’entraide sur la cale, dans les pique-niques et dans les conversations qui se prolongent bien après le retour à terre.

l’an dernier dans le golfe du Morbihan

Lors de la Misaine Bleue 2025, à Arradon, 30 bateaux avaient navigué pendant trois jours dans le Golfe du Morbihan. Le calme plat avait parfois imposé de sortir les avirons avant qu’un léger vent ne permette enfin à la flottille de reprendre sa route sous voiles. Une journée typiquement voile-aviron, en somme ! Le récit et les photographies de cette édition sont à retrouver sur la page des événements de l’AS.SEIL et sur l’Os, oeuf corse !

L’Os à Voile sera de la partie

Nous avons donc rendez-vous à Lanvéoc au début du mois de septembre.

Le bateau devra traverser une bonne partie de la France sur sa remorque avant de retrouver l’eau salée. Une étape est prévue chez l’ami Pierre à La Rochelle. Je me méfie toutefois des voyages vers la lointaine Bretagne, notre participation à la semaine du Golfe l’an dernier avait été piteusement écourtée avec un demi tour à moitié chemin !

Mais c’est précisément ce genre de rendez-vous qui donne tout son sens à nos petits bateaux. Ils sont faits pour voyager, découvrir de nouveaux plans d’eau et rejoindre d’autres équipages partageant la même passion.

Cette Misaine Bleue promet une belle flottille dans un décor magnifique. Il ne reste plus qu’à espérer un peu de soleil, un vent raisonnable et une rade de Brest accueillante. Et pas de retour intempestif de la canicule ! Pour le reste, nous faisons confiance aux amis de l’AS.SEIL et à la bonne humeur habituelle des participants.

Nous vous raconterons naturellement cette aventure au retour, avec des photographies, les meilleurs moments de navigation et sans doute quelques péripéties imprévues.

Car une sortie au cours de laquelle tout se déroule exactement comme prévu fournit rarement un très bon article pour L’Os à Voile !

Les inscriptions à la Misaine Bleue 2026 sont désormais closes.

De L’Os à Moelle à L’Os à Voile : hommage à Pierre Dac !

Certains lecteurs se sont peut-être demandé d’où venait le nom de ce blog. Pourquoi L’Os à Voile ? Pourquoi un os ? Et pourquoi lui mettre une voile, alors qu’un os, chacun le sait, remonte assez mal au vent ?

La réponse tient en trois mots : Pierre Dac, évidemment !

Un os peut en cacher un autre !

En 1938, Pierre Dac fondait L’Os à Moelle, un hebdomadaire entièrement consacré à ce qu’il appelait lui-même « l’organe officiel des loufoques ». On y trouvait de fausses nouvelles, des petites annonces impossibles, des reportages improbables et toutes sortes d’informations indispensables dont personne n’avait besoin.

Pierre Dac maniait l’absurde avec une logique implacable. Chez lui, plus un raisonnement était rigoureux, plus sa conclusion devenait extravagante. Il savait révéler, derrière le sérieux des discours officiels et la solennité des gens importants, cette petite fissure par laquelle s’échappe le ridicule.

L’Os à Moelle n’était donc pas un journal sans queue ni tête. Il possédait bien une tête, parfois même plusieurs, mais celles-ci n’étaient pas nécessairement placées au bon endroit !

Pourquoi L’Os à Voile ?

Lorsque j’ai cherché un nom pour ce blog consacré aux canots voile-aviron, aux canoës et aux kayaks à voile, le rapprochement s’est imposé.

De L’Os à Moelle à L’Os à Voile, il n’y avait qu’un petit changement de gréement.

Le nom correspondait parfaitement à l’esprit de ces navigations : des bateaux modestes, des équipages qui ne se prennent pas trop au sérieux, beaucoup de bricolage, quelques échouages volontaires et d’autres qui le sont moins, des mises à l’eau pleines d’optimisme et des retours parfois riches en enseignements.

Car naviguer sur un petit bateau, c’est aussi apprendre à conserver son sens de l’humour. Surtout lorsque le vent tourne au moment où l’on vient enfin de régler la voile. Lorsque la remorque refuse de reculer en ligne droite. Lorsque la cale de mise à l’eau s’arrête précisément là où commence la vase. Ou lorsque le chien décide que le meilleur moment pour changer de bord est celui où vous le faites vous-même.

Dans ces circonstances, deux solutions se présentent : se fâcher contre les éléments ou penser à Pierre Dac. La seconde fatigue moins et ne nécessite aucun dessalage.

Le sérieux de ne pas se prendre au sérieux

Rendre hommage à Pierre Dac, ce n’est pas seulement reprendre un jeu de mots. C’est essayer de conserver quelque chose de son regard : une manière de rester libre face aux certitudes, aux règlements, aux habitudes et aux vérités trop bien établies.

Le monde nautique n’échappe pas toujours au sérieux. On y parle volontiers de performances, de programmes de navigation, de coefficients, de réglages, de matériaux et de vitesses moyennes. Tout cela est utile, bien sûr. Mais il ne faudrait pas oublier l’essentiel : le plaisir d’être sur l’eau.

Sur L’Os à Voile, nous pouvons donc parler très sérieusement d’un nœud de chaise, d’une dérive, d’un foc ou d’un aviron… tout en admettant qu’un marin qui prétend n’avoir jamais commis de manœuvre ridicule est probablement resté au port.

Comme aurait pu le rappeler Pierre Dac, un bateau qui ne prend jamais l’eau est peut-être simplement un bateau qui n’en approche pas.

Petits bateaux et grandes aventures

Nos embarcations n’ont pas besoin de traverser l’Atlantique pour nous offrir des aventures. Il suffit parfois d’un lac, d’un étang, d’une rivière ou d’un morceau de côte. Un pique-nique dans une ile que l’on distingue sans jumelles de la côte, une voile dans le vent, deux avirons à portée de main et une météo suffisamment indécise pour maintenir l’équipage en éveil.

Les tout petits voiliers ont cette qualité merveilleuse : ils ramènent la navigation à une échelle humaine. On les pousse, on les tire, on les répare, on les améliore et, certains jours, on leur parle. Ils répondent rarement, mais cela vaut peut-être mieux.

Ils favorisent également les rencontres. Sur une cale ou au bord d’une grève, il suffit d’un gréement inhabituel, d’un détail de construction ou d’une manœuvre légèrement acrobatique pour engager la conversation. Les conseils circulent, les histoires aussi, et les navigations passées deviennent vite plus belles à mesure qu’on les raconte.

Merci, Pierre Dac

Ce blog porte donc un nom qui est à la fois un clin d’œil et un salut respectueux.

N’oublions pas qu’après avoir gagné Londres en 1943, Pierre Dac rejoignit l’équipe de l’émission de la BBC Les Français parlent aux Français. Par ses chroniques, ses chansons et son humour mordant, il ridiculisa la propagande nazie et le régime de Vichy, soutint le moral des Français et encouragea la Résistance. Il devint ainsi l’une des voix les plus célèbres de Radio Londres, menant contre l’occupant une véritable « guerre des ondes ».

S’il ne faut écouter que l’une de ses interventions, c’est celle ci

Merci à Pierre Dac d’avoir donné au loufoque ses lettres de noblesse. Merci de nous avoir appris que l’absurde pouvait être une forme de lucidité et que l’humour restait une excellente embarcation pour traverser les tempêtes de l’existence.

L’Os à Voile n’est pas L’Os à Moelle. Il en est seulement un très lointain petit cousin nautique, embarqué sur une coque légère, avec une voile couleur cachou, quelques bouts qui traînent et, si possible, Raoul installé à l’avant et Maman qui ronchonne à la barre…

Ici, nous continuerons donc à parler de petits bateaux, de navigations, de rassemblements, de bricolages, de réussites et de déconvenues. Nous essaierons de le faire sérieusement, mais jamais solennellement.

Car en mer comme ailleurs, rien ne sert d’avoir le pied marin si l’on perd le sens de l’humour.