La Misaine Bleue à Lanvéoc : épisode 1.

C’est la Misaine bleue, la misaine la plus belle, celle qui ensorcelle … du côté de Lanveoc.

En ce mois de septembre 2026, la Misaine Bleue a donc décidé de jeter l’ancre en rade de Brest, à Lanvéoc. Enfin, « jeter l’ancre » est une façon de parler : une ancre jetée sans précaution finit généralement au fond de l’eau, ce qui complique singulièrement sa récupération.

Le site semble avoir été conçu spécialement pour notre rassemblement : une grande cale de mise à l’eau, accessible à presque toutes les heures de la marée. « Presque » étant un mot marin signifiant : cela devrait passer, mais gardez tout de même vos bottes à proximité et puis surtout la cale est ancienne et passé une certaine limite de marée basse, elle menace de partir en brioche.

Grâce à de précieux relais locaux, des mouillages écologiques nous sont réservés pendant toute la manifestation. Ces dispositifs ingénieux empêchent les chaînes de labourer les fonds marins comme des agriculteurs pris d’une soudaine vocation sous-marine. La flore locale peut donc continuer à pousser tranquillement, sans risquer de se faire peigner les algues à coups de chaîne.

Vue depuis le camping : la baie, les mouillages(écologiques) …

Juste au-dessus du rivage, le camping Cap Ouest accueille les équipages souhaitant dormir près de leurs bateaux, sous une toile de tente ou dans un véhicule aménagé avec plus ou moins de génie. Ceux qui préfèrent disposer d’un vrai lit, d’une douche personnelle et d’une porte qui ferme sans fermeture Éclair ont pu se réfugier dans les gîtes et bungalows des environs.

Enfin, luxe suprême, une vaste salle aménagée sur une ancien site de la Marine nationale est mis à notre disposition. Aucun missile ne semble y être entreposé. Nous pourrons donc nous y livrer sans danger aux activités traditionnelles de la Misaine Bleue : manger, boire, commenter nos exploits et augmenter discrètement la hauteur des vagues et la force du vent à chaque nouvelle version du récit.

Jeudi 3 septembre : invasion pacifique de Lanvéoc

Quelques équipages, particulièrement avisés ou incapables de lire correctement un calendrier (c’est mon cas) , sont arrivés dès la veille. Mais c’est aujourd’hui que le gros de la flottille converge vers Lanvéoc.

Sur la cale, les remorques défilent. Les bateaux gagnent l’élément liquide, les voitures en ressortent — ce qui est préférable — tandis que les premiers équipages commencent déjà à explorer leur nouveau terrain de jeu. Chacun retrouve avec émotion les gestes ancestraux du marin : gréer, charger, oublier quelque chose dans la voiture, retourner le chercher, puis découvrir que la voiture se trouve désormais tout en haut du parking.

La rade de Brest nous offre un terrain de navigation aussi vaste qu’abrité. Une seule consigne mérite toutefois d’être observée avec un certain sérieux : conserver une distance raisonnable avec l’Île Longue, située à bâbord, où stationnent les sous-marins nucléaires français.

L’île Longue… on n’approche pas !

Il est en effet déconseillé d’aller frapper à leur coque pour demander :

— Excusez-nous, vous auriez une pompe à vélo ?

Après un été caniculaire, nous accueillons avec bonheur le fameux « temps breton » : douceur, nuages, éclaircies et petits grains distribués à intervalles irréguliers afin que personne ne sache comment s’habiller. Des conditions idéales pour naviguer, ou pour retirer et remettre sa veste étanche environ quatorze fois dans la journée.

En début de soirée, tout le monde rejoint la grande salle pour assister à une conférence consacrée au Parc naturel régional d’Armorique. Une excellente manière d’en apprendre davantage sur le territoire avant de passer à l’étude approfondie de ses spécialités alimentaires.

Car vient ensuite le premier et très attendu « apéritif des régions ». Chaque équipage a apporté une spécialité solide ou liquide venue de son coin de France. En moins d’une heure, nous effectuons ainsi un tour complet du pays sans billet de train, sans péage autoroutier et avec un taux d’alcoolémie géographiquement très diversifié.

La journée s’achève autour d’un repas préparé par un traiteur local. Les navigateurs regagnent ensuite leurs hébergements, déjà capables de prédire la météo du lendemain avec une assurance inversement proportionnelle à leurs compétences.

A suivre …


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