Lorsque nous avons commencé à embarquer Raoul, une question s’est rapidement posée : comment faire naviguer un chien sur un petit bateau sans transformer chaque sortie en opération de sauvetage ?

Sur un grand voilier, l’animal peut généralement trouver un coin tranquille dans le cockpit. Sur un canot voile-aviron, l’espace est plus limité. Il faut partager le bord avec les équipiers, les avirons, les voiles, les écoutes et tout le matériel que l’on jugeait indispensable au départ.
Le chien, lui, ne s’intéresse guère à ces considérations. Il veut simplement savoir où il doit s’installer et à quel moment arrive le pique-nique.
Lui trouver une vraie place
La première chose à faire est de prévoir une place réservée au chien.

Il ne suffit pas de le poser quelque part en espérant qu’il comprendra les subtilités du gréement. Un chien abandonné au milieu du bateau cherchera naturellement l’endroit qui lui paraît le plus confortable, lequel correspond souvent au passage d’une écoute ou à la place exacte où l’équipier doit poser le pied lors du prochain virement.
Sur le Skerry, puis sur Venexiana 5, nous avons donc cherché à installer Raoul dans une zone où il ne gêne ni la barre ni les manœuvres.
Sa place doit être :
- éloignée des écoutes et des poulies ;
- accessible sans avoir à l’enjamber constamment ;
- assez confortable pour qu’il accepte d’y rester.
Un coussin améliore nettement les choses. Le fond d’un canot peut être glissant et un chien qui dérape à chaque virement finit rapidement par perdre confiance.

Le gilet de sauvetage
Même si le chien sait nager, le gilet reste indispensable.
Tomber dans une rivière calme depuis une berge n’est pas la même chose que passer par-dessus bord depuis un bateau en mouvement. Il peut y avoir des vagues, du vent, du courant ou simplement une coque difficile à rejoindre.
Le gilet doit être adapté à la taille et au poids du chien. Il ne doit pas tourner autour du corps ni comprimer sa poitrine. Une poignée solide sur le dos permet de le saisir et de l’aider à remonter à bord.
Cette poignée est d’autant plus utile qu’un chien mouillé possède une étonnante capacité à doubler de poids au moment précis où il faut le soulever.
Embarquer et débarquer
L’embarquement constitue souvent le moment le plus délicat.
Depuis une plage en pente douce, l’opération est relativement simple. On stabilise le bateau, on attrape le chien par la poignée du gilet et hop le chien monte à bord !
Depuis un ponton élevé ou une cale glissante, les choses deviennent plus sportives mais la manoeuvre est la même.

L’habituer progressivement
Un chien ne devient pas équipier en une seule sortie.

La première navigation doit être courte, dans de bonnes conditions et sur une eau calme. Il faut lui laisser le temps de découvrir les bruits, les mouvements du bateau et les changements d’allure.
Un canot voile-aviron peut surprendre un animal :
- la bôme passe au-dessus de lui ;
- les voiles claquent ;
- le bateau penche ;
- les avirons apparaissent de chaque côté ;
- l’équipage se déplace soudainement en criant des mots étranges.
Raoul a progressivement appris à reconnaître les différentes phases de la navigation. Il sait maintenant que les moments d’agitation finissent généralement par être suivis d’une période plus calme, pendant laquelle il peut reprendre sa surveillance attentive de l’horizon. Il a m^me pu voir un chevreuil nager devant le bateau au lac du Der !
Pendant les manœuvres
Un virement de bord est déjà une petite chorégraphie. Avec un chien au milieu, cela peut vite devenir un ballet expérimental.
Avant chaque manœuvre, il faut vérifier qu’aucune patte ne repose sur une écoute et que le chien n’a pas choisi de s’asseoir à l’endroit où l’équipier doit passer.
L’idéal est d’habituer le chien à rester à sa place sur une consigne simple. Inutile de lui expliquer la différence entre un virement vent devant et un empannage : « Tu restes là » suffit généralement.
Lorsqu’il faut utiliser les avirons, le problème change de nature. Les mouvements sont plus amples et réguliers. Le chien doit rester en dehors du passage des poignées et ne pas tenter d’attraper les pales, même si celles-ci ressemblent à de grands bâtons particulièrement tentants.
Le soleil, la chaleur et l’eau douce
Sur un bateau ouvert, le chien est très exposé au soleil.

En mer, il faut prévoir suffisamment d’eau douce et une gamelle stable. L’eau du lac, du fleuve ou de la mer peut constituer sa seule boisson.
Un coin d’ombre est également bienvenu. Sur un petit canot, ce n’est pas toujours facile, mais une toile légère ou un morceau de tissu fixé provisoirement peut protéger l’animal pendant la navigation.
Il faut aussi se méfier des surfaces chauffées par le soleil. Un pontage ou un banc peut devenir très chaud pour les coussinets.
Enfin, les pauses à terre ne sont pas un luxe. Elles permettent au chien de boire, de se dégourdir les pattes et de satisfaire quelques nécessités que la bienséance m’interdit de détailler davantage.
Et s’il tombe à l’eau ?
La récupération doit être envisagée avant qu’elle ne devienne nécessaire. Pour l’instant cela n’est encore jamais arrivé
Il faudrait d’abord ralentir ou arrêter le bateau sans perdre le chien de vue. Sous voile, cela signifie choquer les écoutes, se mettre face au vent ou affaler si les conditions l’exigent.
On reviendrait ensuite près de l’animal du côté le plus accessible, généralement sous le vent, en évitant que les voiles ou les avirons ne le blessent.
La poignée du gilet permet de le maintenir contre la coque puis de l’aider à remonter. Sur un bateau léger, il faut faire attention au déséquilibre provoqué par le poids du chien et par celui de la personne qui se penche pour le saisir.
Un essai dans une eau calme, près du bord et avec une aide extérieure, permettrait de vérifier que la récupération est réellement possible. Une méthode parfaitement claire dans la tête peut se révéler beaucoup moins convaincante lorsqu’elle doit être appliquée à un chien mouillé qui agite quatre pattes dans des directions différentes.
Le matériel de Raoul
Pour une sortie avec Raoul, nous emportons au minimum :
- son gilet de sauvetage ;
- une laisse courte pour les embarquements et les escales et l’empêcher de passer par dessus bord quand il veut absolument mordre les vagues à l’avant;
- de l’eau douce ;
- une gamelle ;
- une serviette ;
La serviette n’est pas indispensable à la navigation. Elle le devient en revanche lorsqu’un chien trempé décide de venir se secouer contre le barreur.
Un équipier à part entière
Naviguer avec un chien demande un peu d’organisation, mais ne présente pas de difficulté insurmontable. Il faut lui prévoir une place, assurer sa sécurité et adapter la durée de la sortie aux conditions.
En échange, le chien devient rapidement un véritable membre de l’équipage.
Il surveille les oiseaux, inspecte les rives, accueille les visiteurs et participe activement aux pique-niques. Il ne critique jamais les réglages de voile et ne demande pas pourquoi le bateau avance moins vite que celui des copains. Par contre il déteste les cornes de brume et autres signaux sonores !

Raoul possède même une qualité rare chez les équipiers : lorsque le capitaine prend une mauvaise décision, il ne dit rien.
Il se contente de le regarder.
Et certains regards sont bien plus éloquents qu’un long rapport !
Et sinon, vous, avec votre chien, ça se passe comment ?
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