Des goûts et des poulies…

Disons que si je voulais vraiment avoiner en bateau, ce n’est probablement pas un Silmaril que j’aurais acquis, mais un machin en plastoc monté sur foils, avec des voiles noires en carbone de l’espace.

OK, j’ai un spi asymétrique et je ne me prive pas de l’envoyer lorsqu’il s’agit de tenter de mettre une petite longueur à mes camarades. Il faut bien conserver un minimum de dignité.

Mais je connais mes limites et je sais que bon nombre de copains sont de bien meilleurs marins que moi, surtout lorsque le vent commence à monter dans les tours et que la mer se met à gigoter, avec de charmants petits moutons carnivores sur les crêtes pour agrémenter le paysage.

Que voulez-vous, je suis un vieux schnock. Un vieux ronchon, si vous préférez. Pour moi, un bon bateau, c’est d’abord un beau bateau. Et un beau bateau, c’est avant tout une coque en forme, avec des courbes, des rondeurs et une silhouette qui donne envie de se retourner sur son passage.

Je sais, j’ai l’esprit de contradiction. Parce que, parallèlement, je suis aussi un geek et j’apprécie l’innovation, la technique et les voiliers capables d’aller très vite. Pourtant, j’ai un mal de chien à me faire aux nouvelles formes de coques et de carènes : les scows, les machins à foils…

C’est un peu comme avec les bâtiments de la Royale. Entre les cuirassés hérissés de canons façon Richelieu et certaines frégates actuelles au profil de fer à repasser furtif…

Et la Coupe de l’America, alors ?

Mais qu’est-ce que c’est devenu que ce cirque volant ?

Des engins qui ressemblent à des avions sans ailes, pilotés par des types casqués qui déboulent à des vitesses invraisemblables en moulinant dans tous les sens… Spectaculaire ? Certainement. Technologiquement fascinant ? Sans aucun doute.

Mais où sont passés les beaux défis ? Les élégants 12 M JI ? Un architecte, un bateau, un équipage, un pays et cette dramaturgie magnifique où l’on pouvait encore entendre :

« Il n’y a pas de second. »

Les petits jeunes chercheront la signification de la phrase.

Alors un voile aviron se doit d’être un minimum « vintage » !

Tout ça pour dire que je suis en train de remplacer, petit à petit, les poulies de Venexiana par des poulies en bois, et certains cordages par du chanvre — ou du simili-chanvre, parce qu’il ne faut tout de même pas pousser l’authenticité jusqu’à naviguer avec les moyens techniques de Christophe Colomb.

Je devrais recevoir d’ici quelques jours le palan commandé à Stefano pour mon écoute de grand-voile. Et je gamberge déjà pour adapter mon ancienne écoute de GV de Pirate du Rhône afin d’en faire un hale-bas.

l’ancien palan de grand-voile de Pirate du Rhône
Les poulies de Stefano que je devrais recevoir d’ici quelques jours…

Bref, mon bateau en époxy, avec tout de même un peu de bois au milieu devrait prendre progressivement un air encore plus néo-rétro.

Après, évidemment, on pourrait pousser la logique jusqu’au bout, envoyer la modernité se promener et acheter — ou construire — un Illur en vrai bois d’arbre, avec des voiles en coton, des cordages qui sentent le goudron et juste ce qu’il faut d’eau dans les fonds pour rappeler qu’on navigue sur un bateau traditionnel .

Mais il reste un léger problème.

C’est lourd.

Terriblement lourd.

Mais qu’est-ce que c’est beau !

Foc ou spi sur un Silmaril : faut-il vraiment choisir ?

Venexiana 5 est arrivé avec un gréement particulièrement bien pensé. Yves, son constructeur et précédent propriétaire, avait peaufiné au fil des années une multitude de réglages destinés à exploiter au mieux le bateau.

Parmi eux figurait un bout-dehors orientable. Un système ingénieux permettait de le déporter au vent pour l’utiliser un peu à la manière d’un tangon et améliorer ainsi le travail du spi asymétrique.

C’était efficace, léger et parfaitement adapté à la manière dont Yves utilisait le Silmaril.

Le problème, c’est que je ne navigue pas exactement comme lui.

Yves utilisait essentiellement un spi. Pour ma part, je souhaite également pouvoir envoyer un foc. Et c’est là que les choses commencent à se compliquer.

Le foc : simple et rassurant

Le foc est une voile sans surprise.

Il améliore les performances au près, participe à l’équilibre du bateau et reste utilisable dans une plage de vent assez large. Il convient bien aux navigations tranquilles, lorsque le but n’est pas nécessairement d’aller le plus vite possible, mais de conserver un bateau facile à conduire.

Sur un Silmaril, il offre aussi un intérêt appréciable lorsque l’on navigue à deux en fournissant une occupation à l’équipier !

Le foc possède cependant un inconvénient : il occupe l’avant du bateau et utilise le point d’amure du bout-dehors. Or c’est précisément là que le spi aimerait, lui aussi, prendre ses aises.

Avec le foc…

Le spi : sortir le grand jeu ?

Le spi asymétrique est une tout autre affaire.

Dans le petit temps et aux allures portantes, il apporte une surface de voile supplémentaire et, surtout, beaucoup de plaisir. Le bateau s’anime, accélère et prend immédiatement une autre allure.

Un spi ajoute aussi une jolie tache de couleur devant le bateau, ce qui ne fait peut-être pas gagner beaucoup de nœuds, mais améliore considérablement les photographies !

Lors de nos premiers bords au lac du Der, le vent très léger se prêtait parfaitement à son utilisation. Il aurait été dommage de s’en priver.

hum… pas trop gonflé le spi ! – photo Lionel Baudoin

Un bout-dehors pour deux voiles

Le système installé à l’origine permettait d’orienter horizontalement le bout-dehors. Cette possibilité était intéressante avec le spi, mais elle devenait inutile pour le foc, qui doit rester fixé dans l’axe du bateau.

Le réglage fonctionnait grâce à plusieurs bouts revenant sur des taquets coinceurs. Il fallait y ajouter le palan maintenant le bout-dehors sur l’étrave.

Le résultat ressemblait un peu à une toile d’araignée.

Après une saison de réflexion, j’ai donc simplifié le dispositif. Le bout-dehors est maintenant maintenu dans l’axe par une pièce de chêne fixée sur le pontage et par une dame de nage installée à l’étrave.

Deux trous, une goupille, un axe traversant : le montage et le démontage sont rapides et les bouts ont cessé de se reproduire clandestinement à l’avant du bateau.

Cette modification convient parfaitement au foc. Elle reste également compatible avec le spi, même si celui-ci a perdu la possibilité de déborder son point d’amure au vent.

La question n’est donc plus de savoir si le bout-dehors peut recevoir les deux voiles. Il le peut.

La difficulté consiste à passer de l’une à l’autre.

Changer de voile en navigation

Pour le moment, foc et spi ne sont pas installés simultanément. Lorsque je souhaite changer de voile, je dois affaler celle qui est en place, récupérer sa drisse, préparer la seconde puis la hisser. Sans oublier les écoutes ! Les mousquetons facilitent la manoeuvre.

Dans le petit temps, la manœuvre reste parfaitement réalisable. Elle occupe un peu et permet de donner l’impression à l’équipage que l’équipier maîtrise son sujet !

Lorsque le vent monte, que le bateau bouge davantage et que plusieurs bouts commencent à chercher querelle à mes chevilles, l’opération devient moins élégante.

La solution idéale pour le foc serait l’installation d’un emmagasineur, comme celui que j’utilisais sur le Skerry. Le foc pourrait rester à poste, enroulé sur lui-même, puis être déployé ou rangé rapidement.

Mais cela ne résoudrait pas tout.

Si la drisse actuelle reste attachée à l’emmagasineur, il faudrait ajouter une seconde drisse pour le spi. Ce serait pratique, mais cela ajouterait encore un bout, un passage dans le mât et un élément supplémentaire à installer au moment du gréement.

Nous revenons donc à l’éternel problème des petits bateaux : chaque amélioration simplifie une manœuvre et complique le reste.

« l’équipier maîtrise son sujet » c’est à voir ! Parfois dans la précipitation il peut y avoir quelques confusions ! Bah notons que cela marche quand même !!!

Faut-il vraiment choisir ?

Sur le papier, le choix paraît simple :

  • le foc pour remonter au vent et naviguer tranquillement ;
  • le spi pour les allures portantes et les petits airs ;
  • les deux pour bénéficier d’un gréement plus polyvalent.

En pratique, je ne souhaite pas transformer Venexiana 5 en usine à gaz. L’un des grands plaisirs du voile-aviron reste de pouvoir arriver près de l’eau, gréer rapidement et partir naviguer sans passer une heure à démêler des ficelles.

Pour le moment, je conserve donc les deux voiles, mais je choisis celle qui paraît la mieux adaptée avant le départ.

Si le vent annoncé est régulier et que la navigation doit comporter beaucoup de près, j’installe le foc. Si le temps est léger et que le parcours favorise les allures portantes, le spi prend sa place.

Et lorsque les conditions changent en cours de route, je change de voile en navigation, avec plus ou moins d’élégance selon l’état de la mer, l’humeur des bouts et la coopération de l’équipage.

La prochaine étape ?

L’emmagasineur reste malgré tout dans un coin de ma tête.

Il permettrait de garder le foc disponible sans encombrer le pontage et de le ranger très rapidement avant d’envoyer le spi. Une drisse supplémentaire rendrait les deux voiles immédiatement utilisables.

Emmagasineur

Reste à déterminer si le confort gagné sur l’eau compensera les complications ajoutées au gréement.

Je vais donc continuer à naviguer ainsi pendant quelque temps avant de sortir la perceuse. Venexiana 5 fonctionne déjà très bien et l’expérience m’a appris une règle essentielle : lorsqu’un bateau marche, il vaut mieux réfléchir longtemps avant de lui faire des trous.

Alors, foc ou spi ?

Pour l’instant, je refuse de choisir.

Je veux simplement pouvoir utiliser le bon au bon moment… sans que le bateau ressemble à un standard téléphonique des années 1950.

Et puis reste alors une solution intermédiaire … remplacer spi et foc par une seule voile : un code 0 qui pourrait être équipé d’un emmagasinneur.

Je suis preneur de toutes idées sur le sujet !

Les poulies de Stefano

Je suis actuellement en discussion avec Stefano Guazzaroni pour équiper Venexiana de nouvelles poulies en bois.

Stefano est un artisan italien qui réalise de magnifiques palans en bois qui allient esthétique et fonctionnalité.

Selon la description : la partie en bois est en acajou avec deux couches de résine époxy et cinq couches de verni polyuréthane bi composant. La partie métallique est en acier inoxydable 316L poli miroir et les poulies sont en Delrin sur roulement à billes.

Quelques réalisations – photo : Stefano Guazzaroni

Le travail est réalisé sur mesure, aussi on peut demander une réalisation particulière.

Je devrais recevoir mes premières poulies fin septembre, donc trop tard pour la Misaine Bleue mais nous avons convenu avec Stefano d’échanger cet hiver pour la suite des réalisations et le bateau devrait être équipé pour la semaine du golfe.

Il n’y a pas à dire : c’est magnifique ! photo : Stefano Guazzaroni
photo : Stefano Guazzaroni

C’est par la page Facebook de Stefano que j’ai pu entrer en contact avec ce dernier : https://www.facebook.com/stefano.guazzaroni

Il dispose également d’un mail : stefano.guazzaroni@hotmail.it

Taquets pour écoutes de spi (ou de foc).

Les taquets d’écoutes de spi (et de foc) étaient fixés sur le plat bord mais je n’étais pas satisfait de leur positionnement. J’ai bien essayé de les changer de place plusieurs fois mais, au final cela ne convenait toujours pas.

Je pense avoir trouvé une solution en réutilisant l’existant dans le bateau. Yves avait fabriqué deux sortes de petits sièges en demi lune qui encastrés sur le plat bord permettaient un rappel plus confortable.

En choisissant de renoncer au rappel, j’ai simplement retourné les tablettes ainsi constituées et fixé dessus un filoir et un taquet.

Rien n’est définitif : l’ensemble est juste encastré dans le liston, pas de trous dans le bateau !

A voir à l’usage si cela convient.

L’ancien siège de rappel positionné à l’envers avec filoir et taquet

Mise à l’eau 4X4 !

Avec le chariot de mise à l’eau de la remorque Rocca doté de roues à l’avant, il est facile de mettre le bateau au sec assez facilement pourvu que le sol soit assez dur (sinon effet ventouse…) Le bateau est ainsi en sécurité et la coque ne rague pas sur les cailloux.

Rappel : les roues avant sont constituées par la récupération du chariot de mise à l’eau du Skerry (à peine modifié) !