Foc ou spi sur un Silmaril : faut-il vraiment choisir ?

Venexiana 5 est arrivé avec un gréement particulièrement bien pensé. Yves, son constructeur et précédent propriétaire, avait peaufiné au fil des années une multitude de réglages destinés à exploiter au mieux le bateau.

Parmi eux figurait un bout-dehors orientable. Un système ingénieux permettait de le déporter au vent pour l’utiliser un peu à la manière d’un tangon et améliorer ainsi le travail du spi asymétrique.

C’était efficace, léger et parfaitement adapté à la manière dont Yves utilisait le Silmaril.

Le problème, c’est que je ne navigue pas exactement comme lui.

Yves utilisait essentiellement un spi. Pour ma part, je souhaite également pouvoir envoyer un foc. Et c’est là que les choses commencent à se compliquer.

Le foc : simple et rassurant

Le foc est une voile sans surprise.

Il améliore les performances au près, participe à l’équilibre du bateau et reste utilisable dans une plage de vent assez large. Il convient bien aux navigations tranquilles, lorsque le but n’est pas nécessairement d’aller le plus vite possible, mais de conserver un bateau facile à conduire.

Sur un Silmaril, il offre aussi un intérêt appréciable lorsque l’on navigue à deux en fournissant une occupation à l’équipier !

Le foc possède cependant un inconvénient : il occupe l’avant du bateau et utilise le point d’amure du bout-dehors. Or c’est précisément là que le spi aimerait, lui aussi, prendre ses aises.

Avec le foc…

Le spi : sortir le grand jeu ?

Le spi asymétrique est une tout autre affaire.

Dans le petit temps et aux allures portantes, il apporte une surface de voile supplémentaire et, surtout, beaucoup de plaisir. Le bateau s’anime, accélère et prend immédiatement une autre allure.

Un spi ajoute aussi une jolie tache de couleur devant le bateau, ce qui ne fait peut-être pas gagner beaucoup de nœuds, mais améliore considérablement les photographies !

Lors de nos premiers bords au lac du Der, le vent très léger se prêtait parfaitement à son utilisation. Il aurait été dommage de s’en priver.

hum… pas trop gonflé le spi ! – photo Lionel Baudoin

Un bout-dehors pour deux voiles

Le système installé à l’origine permettait d’orienter horizontalement le bout-dehors. Cette possibilité était intéressante avec le spi, mais elle devenait inutile pour le foc, qui doit rester fixé dans l’axe du bateau.

Le réglage fonctionnait grâce à plusieurs bouts revenant sur des taquets coinceurs. Il fallait y ajouter le palan maintenant le bout-dehors sur l’étrave.

Le résultat ressemblait un peu à une toile d’araignée.

Après une saison de réflexion, j’ai donc simplifié le dispositif. Le bout-dehors est maintenant maintenu dans l’axe par une pièce de chêne fixée sur le pontage et par une dame de nage installée à l’étrave.

Deux trous, une goupille, un axe traversant : le montage et le démontage sont rapides et les bouts ont cessé de se reproduire clandestinement à l’avant du bateau.

Cette modification convient parfaitement au foc. Elle reste également compatible avec le spi, même si celui-ci a perdu la possibilité de déborder son point d’amure au vent.

La question n’est donc plus de savoir si le bout-dehors peut recevoir les deux voiles. Il le peut.

La difficulté consiste à passer de l’une à l’autre.

Changer de voile en navigation

Pour le moment, foc et spi ne sont pas installés simultanément. Lorsque je souhaite changer de voile, je dois affaler celle qui est en place, récupérer sa drisse, préparer la seconde puis la hisser. Sans oublier les écoutes ! Les mousquetons facilitent la manoeuvre.

Dans le petit temps, la manœuvre reste parfaitement réalisable. Elle occupe un peu et permet de donner l’impression à l’équipage que l’équipier maîtrise son sujet !

Lorsque le vent monte, que le bateau bouge davantage et que plusieurs bouts commencent à chercher querelle à mes chevilles, l’opération devient moins élégante.

La solution idéale pour le foc serait l’installation d’un emmagasineur, comme celui que j’utilisais sur le Skerry. Le foc pourrait rester à poste, enroulé sur lui-même, puis être déployé ou rangé rapidement.

Mais cela ne résoudrait pas tout.

Si la drisse actuelle reste attachée à l’emmagasineur, il faudrait ajouter une seconde drisse pour le spi. Ce serait pratique, mais cela ajouterait encore un bout, un passage dans le mât et un élément supplémentaire à installer au moment du gréement.

Nous revenons donc à l’éternel problème des petits bateaux : chaque amélioration simplifie une manœuvre et complique le reste.

« l’équipier maîtrise son sujet » c’est à voir ! Parfois dans la précipitation il peut y avoir quelques confusions ! Bah notons que cela marche quand même !!!

Faut-il vraiment choisir ?

Sur le papier, le choix paraît simple :

  • le foc pour remonter au vent et naviguer tranquillement ;
  • le spi pour les allures portantes et les petits airs ;
  • les deux pour bénéficier d’un gréement plus polyvalent.

En pratique, je ne souhaite pas transformer Venexiana 5 en usine à gaz. L’un des grands plaisirs du voile-aviron reste de pouvoir arriver près de l’eau, gréer rapidement et partir naviguer sans passer une heure à démêler des ficelles.

Pour le moment, je conserve donc les deux voiles, mais je choisis celle qui paraît la mieux adaptée avant le départ.

Si le vent annoncé est régulier et que la navigation doit comporter beaucoup de près, j’installe le foc. Si le temps est léger et que le parcours favorise les allures portantes, le spi prend sa place.

Et lorsque les conditions changent en cours de route, je change de voile en navigation, avec plus ou moins d’élégance selon l’état de la mer, l’humeur des bouts et la coopération de l’équipage.

La prochaine étape ?

L’emmagasineur reste malgré tout dans un coin de ma tête.

Il permettrait de garder le foc disponible sans encombrer le pontage et de le ranger très rapidement avant d’envoyer le spi. Une drisse supplémentaire rendrait les deux voiles immédiatement utilisables.

Emmagasineur

Reste à déterminer si le confort gagné sur l’eau compensera les complications ajoutées au gréement.

Je vais donc continuer à naviguer ainsi pendant quelque temps avant de sortir la perceuse. Venexiana 5 fonctionne déjà très bien et l’expérience m’a appris une règle essentielle : lorsqu’un bateau marche, il vaut mieux réfléchir longtemps avant de lui faire des trous.

Alors, foc ou spi ?

Pour l’instant, je refuse de choisir.

Je veux simplement pouvoir utiliser le bon au bon moment… sans que le bateau ressemble à un standard téléphonique des années 1950.

Et puis reste alors une solution intermédiaire … remplacer spi et foc par une seule voile : un code 0 qui pourrait être équipé d’un emmagasinneur.

Je suis preneur de toutes idées sur le sujet !